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La problématique des aérosols dans les cabinets dentaires

Extrait de l’article rédigé par le Pr Eric Rompen:

Il faut souligner deux points, rarement mis en avant dans les protocoles actuellement en circulation :

  • la méthode la plus simple pour réduire considérablement le risque de contamination croisée, comme enseigné dans toutes les bonnes écoles dentaires, consiste à augmenter la durée moyenne des rendez-vous : si cette durée moyenne est doublée, le risque de contamination croisée des patients et du personnel dentaire est divisé par deux.
    Dans le même temps, l’impact financier négatif des procédures de nettoyage/désinfection chronophages est également réduit de deux ;
  • le deuxième point concerne les aérosols dentaires.D’une part, le SRAS-CoV-2 est un virus respiratoire, très différent des virus que nous avons l’habitude de gérer, comme le VIH, l’hépatite B et C.Cela signifie que, pour qu’une contamination croisée se produise, le virus n’a pas besoin d’entrer dans une plaie ; une simple transmission aérienne est possible, tout comme avec les virus responsables du rhume (rhinopharyngite) ou d’une grippe.

Mais avec des conséquences potentiellement beaucoup plus graves.

Pour l’association allemande d’hygiène hospitalière, la toux, le chant ou tout simplement la parole sont les principales sources de propagation virale. Cette suspicion est confirmée par une lettre de l’American National Academy of Science à la Maison Blanche suggérant que le coronavirus pourrait rester dans la brume formée lors de la respiration.

De plus, les sols contaminés par des patients dans les hôpitaux chinois pourraient être à l’origine de nouveaux aérosols en raison de leur nettoyage ou du déplacement du personnel.

Dans un article du New England Journal of Medicine (mars 2020), le virus a été trouvé viable dans des aérosols expérimentaux pendant plusieurs heures. Le même document décrit la survie du virus jusqu’à 3 jours sur des surfaces dures, comme le métal ou le plastique.

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Les UVC

L’œil humain est capable de visualiser de la lumière dont la longueur d’onde est située entre 780nm, soit la lumière rouge, et 400nm, soit la lumière violette. A des longueurs d’onde inférieures, on parlera d’ultra-violet jusqu’à 100nm, et encore en deçà, on parlera de rayons X.

La lumière ultra-violette est elle-même divisée en 4 catégories, les rayonnements ultra-violets de type A (UV-A), de type B (UV-B), de type C (UV-C) et enfin les ultra-violets extrêmes (VUV ou Vacuum UV en anglais). Une partie de ces UV, et plus particulièrement les UV-C et même plus précisément, les UV-C d’une longueur d’onde de 254nm, seront efficacement absorbés par l’ADN et conduiront à son endommagement, voir à sa destruction. Ce mécanisme soutient l’effet biocide des UV.

Pour émettre un rayonnement UV-C, il existe essentiellement deux technologies dans la mesure ou les LED capables d’émettre ce type de rayonnements n’offrent pas encore des rendements intéressants. Ces technologies reposent toutes deux sur l’ionisation de vapeurs de mercure à moyenne ou à basse pression. Le spectre UV émis par ces deux technologies varie fortement. Pour les lampes moyenne pression, le spectre est étroit et presqu’intégralement dans le spectre UV-C et centré sur 254 nm. Pour les lampes à moyenne pression, le spectre couvre une gamme de longueurs d’ondes plus large allant des UV-C jusqu’au UV-A.

Les très nombreuses études sur les adenovirus ont montré que pour atteindre 99.99% de désinfection, les doses UV requises varient entre 803 et 2004 mJ/cm2. Une extrapolation de l’étude de Walker & Ko suggérerait qu’une dose de 20 à 30 mJ/cm2 pourrait permettre un abattement aussi performant pour un coronavirus.

Le tableau de gauche reprend deux références des doses requises pour dégrader de 90 (1 log) à 99.99% (4 log) de 3 virus à ARN simple brin à polarité positive. Ce tableau est extrait de la base de données de synthèse de l’association international des Ultraviolets

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